Réflexion sur les Temps de l'âge.

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Réflexion sur les Temps de l'âge.

Message par Alain le Dim 29 Mai 2016, 18:29

Voilà bien longtemps que je me pose la question suivante: Quand nous vieillissons, sommes-nous juste un résultat produit par l'usure du temps ( c'est ainsi que le "monde" contemporain pense, hélas), ou bien la somme des âges que nous avons eus  depuis notre appropriation du temps?
Ma réponse est la seconde:
Déjà, je doute que la vieillesse soit un "naufrage": Je pense que la vieillesse n'est pas une usure occasionnée par le temps, mais au contraire est une possibilité d'accumulation de phases de l'appropriation du temps. Ainsi, avoir, par exemple, 90 ans n'est pas être usé biologiquement depuis l'écoulement du temps qui a fait de moi un vieillard. Au contraire, avoir 90 ans, c'est avoir l'étonnement de l'enfant de 5 ans qu'on a été avec en plus l'émerveillement de l'enfant qu'on avait à 12 ans pour une discipline qu'on découvrait, et aussi le patriotisme qu'on a éprouvé à 20 ans, le rêve d'habiter qu'on a mis en œuvre à 30 ans, l'utopie inefficace de ses 40 ans, la sagesse reconquise de ses 50... Etc... Je ne crois pas du tout que le parcours de vie soit évènementiel et que ce qui reste au terme du "parcours" n'est qu'un terme isolé. Non, je crois que c'est une somme énorme et inquantifiable qui se révèle dans un chemin de Vie.
Je me suis rendu compte d'une réalité formidable: On n'est jamais en déliquescence, mais toujours une somme de fragments infinis de temps que nous avons en propre. Et, la catastrophe est que nos contemporains ne comprennent pas cela. L'enfant de 5 ans, de 12 ans, l'adulte de 30, 40 ou 50 ans est toujours là inscrit dans le vieillard de 90 ans. Ce dernier n'est que l'adhésion de ses âges différents à l'endroit de ses phases d'existence qui sont autant de modes d'acceptation de l'irrémédiable temporel. Et, c'est pour çà que j'aime la Vie et les gens qui ont beaucoup survécu!
Aujourd'hui, on nous demande un "rôle": Qu'on soit CEO, DRH, Prof, ou ramasseur d'ordure... Nous sommes ce que nous faisons. Et, on met en déshérence la mémoire subjective des personnes. On est toujours ce qu'on a été à 5, 20 ou 40 ans. C'est ainsi. Nous sommes le Temps. Alors que l'évènementiel du Monde nous laisse être nom d'un chien!
Par là, et depuis mon regard, je ne peux que déplorer les "pardons" trop faciles. Celui qui a été proxénète à 20 ans l'est destiné à l'être pour toujours vis à vis du temps ( je pense à Xavier Niel), celui qui a tué des innocents durant une guerre stupide sera toujours coupable ( Là, je pense à Charles Ceccaldi de Puteaux). C'est dur comme regard. Mais, justement, cette perspective, je la trouve attachante sur le plan moral et humain.
Quant à Mr. Ménard de Béziers, il restera pour moi une ordure trotskiste militant à la ligue communiste révolutionnaire pour toujours!

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Re: Réflexion sur les Temps de l'âge.

Message par Mickaelus le Mar 31 Mai 2016, 23:50

Je te remercie pour cette réflexion, Calliope, que j'ai trouvée intéressante bien que je doive avouer avoir été surpris par la chute concernant, notamment, Robert Ménard, dans le sens où c'est possiblement lui qui aurait pu motiver ce message tout compte fait - quoi qu'il en soit, aller voir ce message d'actualité de Calliope également, à cet égard : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].

Pour ma part en tout cas, et sur le fonds, je ne suis pas sûr de m'être déjà posé la question du rapport de l'être de l'individu au temps en ces termes, d'une part parce que j'ai toujours pensé que les Anciens avaient normalement cette aura de sagesse que les sociétés traditionnelles leur conféraient, d'autre part parce que je pense naturel et logique de ne pouvoir définir l'être humain que comme pourvu d'une mémoire qui fait qu'effectivement, il y a plusieurs strates qui cohabitent, et que si la plus récente est un peu comme la limite momentanée de notre identité actuelle, les précédentes l'imprègnent, comme en quelque mélange, tandis que d'autres se dessinent comme autant de potentialités futures. Bien sûr, l'être humain demeure tributaire du temps en ce qu'il n'est pas éternel, et qu'il se situe dans ce temps ; en théologie il n'y a que Dieu qui possède un rapport complet et libéré du temps, en quelque sorte, qu'Il embrasse complètement. C'est notamment la belle image thomiste de Dieu comme centre d'un cercle qui est le Temps. Ensuite, je crois que le problème de la perception moderne de l'individu, l'abstrait, l'interchangeable, sans mémoire ni culture, se retrouve dans la vision, ou plutôt la non-vision de la civilisation, qui est bien oublieuse. Le fait est qu'à mon sens, on ne peut pas être sans avoir conscience que l'on est, et pour posséder cette conscience, il faut cette mémoire. Sinon on se situe plutôt dans le pur biologique et matériel, une manière d'animalité immédiate. C'est l'impression que me fait le monde d'aujourd'hui.

La question de la responsabilité des fautes et de la façon dont cela constitue une identité est complexe à côté de cela, d'autant que j'en ai sans doute une vision plus théologique en quelque sorte - d'autant que pour nous Chrétiens, l'homme est marqué par le péché originel dès sa naissance, d'où la nécessité du Salut par le Christ : cela fait une grosse différence d'analyse de départ avec une perspective athée "neutre." Comme je l'ai indiqué, il me semble que via la conscience et la mémoire, les strates temporelles qui constituent notre individu sont toujours là, mais que la plus récente est marquée par les autres. Pour savoir ce qu'est un individu à un moment donné, il s'agit de considérer quels ont été ses actes, et, puisqu'on parle de morale, quel est le poids du bon et du mauvais, s'il a été délibéré ou non, à quel degré, etc. Il faut encore, quand un mal a été commis, se demander si on a affaire à des péchés véniels ou mortels, et s'il y a eu rémission des péchés, pour les premiers. Parce que c'est le rôle du Christ a un double degré : d'abord, il existe des interventions directes dans la vie des gens, inexpliquées, qu'on appelle l'action de la Grâce. Je ne vois pas comment expliquer autrement la conversion de saint Paul, ou même de saint Augustin à un moindre degré. Voilà des gens qui ont commis des actes dont ils n'allaient pas être fiers par la suite, mais dont la vie a été purifiée par le Christ. Il faut avoir conscience que c'est possible. Ensuite, il y a le processus plus institutionnel de la confession, et puis la contrition spontanée pour les péchés plus légers.

Alors, oui, le pardon ne doit pas être trop facile, il doit dépendre de la nature des actes de chacun, et surtout des vues que Dieu a sur l'humanité et sur ce qui est juste ou non. Sinon, forcément, chacun pourra définir tranquillement ce qui est juste, moral ou non, selon ce qui l'arrange. Mais il peut être possible de racheter ses fautes ou de rallier des vues meilleures, même si cela ne change pas le passé, et que ce qu'on a mal fait doit être un avertissement constant. Il y a, néanmoins, des crimes trop atroces pour pouvoir être amendés, d'où les péchés mortels en religion. Il y a des conversions qui ne sont que de façade. Et Dieu sait si ce peut être le cas en politique également, puisque tu conclus là-dessus, Calliope. Même s'il faut prendre en compte le fait que les clivages actuels sont très mouvants, et qu'en république, on est toujours plus ou moins dans la gauche. C'est juste qu'on emprunte parfois un peu de culture française pour parler au peuple, mais cela finit toujours pareil, hélas : le relativisme du liberté - égalité - fraternité.

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