François Fillon vainqueur des primaires des Républicains

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François Fillon vainqueur des primaires des Républicains

Message par Mickaelus le Mar 29 Nov 2016, 20:55

C'est ce que nous avons appris il y a deux jours, lorsque l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012) a finalement triomphé du candidat favori des médias et des sondeurs, je veux là parler, bien évidemment, d'Alain Juppé, et ce de manière incontestable avec un score de 66,5 % contre 33,5 %. Bien entendu, il n'y a pas eu là d'événement bien intéressant du point de vue strictement royaliste, néanmoins il n'est pas mauvais de considérer un peu l'état du pays, et notamment du camp qui s'appelle encore "droite" même s'il est tant éloigné de ce qu'était la droite de l'assemblée sous la Restauration, soit le camp des partisans du roi et des valeurs monarchiques.

Ainsi, puisque nous nous sommes un peu intéressés à la définition de la droite sur ce forum (cliquer ici), ou du moins de ce que devrait être un véritable esprit de droite par rapport à une acception très républicaine de la gauche, observons que la confrontation entre Fillon et Juppé s'est avérée relativement intéressante du fait d'une mise en scène établie par les divers commentateurs médiatiques. J'insiste bien sur ces mots de mise en scène car de notre point de vue légitimiste, les différences entre les deux hommes sont en vérité bien ténues ; pourtant la manière de les opposer renseigne sur l'évolution du camp de la droite et sur les réactions des uns et des autres.

François Fillon a ainsi été présenté, à partir de son succès inattendu lors du premier tour des primaires uniquement, comme un réactionnaire et un catholique intransigeant, quand son programme n'est jamais que libéral-conservateur (avec un gros accent sur le premier terme) ; Alain Juppé, lui, s'est proclamé par divers signes immanquables le champion de la droite et surtout du centre (voire de toutes les gauches comme l'ont plaisamment commenté certains), chantre de l'"identité heureuse" et de l'acclimatation multiculturelle, comme d'un esprit de réforme plus mesuré. Selon les médias, il y avait donc d'un côté Juppé qui se plaçait au centre avec la certitude de rassembler, et Fillon qui lui se serait trouvé au confluent des diverses droites de la tradition française, l'orléaniste, la bonapartiste... et la légitimiste. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, j'ai entendu plusieurs journalistes citer ce terme de "droite légitimiste" en tentant d'acclimater cela à la république, de manière plus sérieuse que lorsque l'on qualifiait les partisans de Ségolène Royal les "royalistes."

Par cette référence, il fallait comprendre que Fillon dégagerait une image de ce politique catholique des terres de l'ouest qu'on n'avait plus trop vu depuis la retraite politique de Philippe de Villiers. Tout cela tenait à cette polémique sur l'avortement qui a sans doute été fatale à Juppé s'ancrant désespérément à gauche en une tentative de diabolisation un peu trop grossière, alors même, pourtant, que Fillon réussit le tour de force de dissocier ses convictions personnelles catholiques sur le sujet, de ses responsabilités politiques. De même quant à la loi Taubira quand il n'y a aucune volonté de revenir sur le mariage homosexuel, mais un vague contrôle de la notion d'adoption. Convenons que comme catholique réactionnaire, on a vu mieux ! C'est toujours la gauche qui mène la danse idéologique. Alain Juppé, de son côté, prétend avoir été la victime d'une campagne "dégueulasse" quand on l'a rendu responsable de la construction d'une mosquée cathédrale introuvable à Bordeaux et coupable d'accointances musulmanes un peu louches ; mais c'est qu'à force de vanter l'identité heureuse et d'envisager de grands centres culturels islamiques en sa ville, la tendance demeure un peu trop nette. D'un autre côté, Fillon n'a jamais remis en cause le moins du monde la présence de l'islam en terre de France, mais on l'entend quand même parler d'enseigner l'histoire de France depuis Clovis à l'école, etc. Cela rassure un peu ceux qui s'accrochent aux partis, probablement.

Alors, bien évidemment, les deux hommes sont tous deux des républicains libéraux (au sens de la civilisation, je ne parlerai pas là d'économie) pour qui la France, c'est l'égalité religieuse et l'évolutivité culturelle du pays à terme, qu'elle soit plus ou moins lente - car rappeler quelques passages d'une histoire qu'on ne fait plus vivre, cela changera-t-il quoi que ce soit au fonds ? Mais ce sur quoi les gens de "droite" ont voté, il me semble, c'est sur leur envie, plus ou moins avouée et consciente, de ne pas voir mourir tout à fait l'idée qu'ils se font de la France. Qu'elle soit confuse et loin du légitimisme, c'est un fait, mais c'est peut-être un tout petit peu encourageant de constater que le discours multiculturel d'Alain Juppé n'a pas fait mouche. Pour autant, ce public-là ne saurait, et c'est là tout notre problème, dépasser la perspective du vote, des candidats au double langage et d'une république au principe pourtant bien malmené. Un ancien président de la république, ce soit-disant "monarque républicain" que l'on vante tant à propos de la Ve république, s'est fait battre à plate couture après avoir dû se soumettre bon gré mal gré à la primaire (Nicolas Sarkozy), quand le roi fainéant actuel (François Hollande) est contesté par un maire du palais ambitieux (Manuel Valls) après avoir été trahi par un simple conseiller (Emmanuel Macron). A côté de ceux-là, même le "Napoléon le petit" de Hugo était grand.

Il existe indubitablement et au vu de tous, dorénavant, un énorme problème de légitimité dans la Ve république, et l'élection présidentielle à venir ne permettra probablement pas d'y répondre (les primaires démontrent un changement dans le régime), entre candidats plus ou moins libéraux ou laïcards, et quand la seule vraie notion de souveraineté, celle dont absolument tout dépend, n'est jamais abordée. Car si Fillon s'est déclaré un peu légèrement "souverainiste" dans sa campagne, il a oublié qu'il avait abandonné Séguin depuis longtemps - pas nous. Et s'il comprenait vraiment la droite légitimiste que certains journalistes citent étourdiment, il comprendrait aussi que la souveraineté à laquelle il prétend, appartient déjà à un autre, le roi de France, d'après nos lois et coutumes ancestrales. Hélas, l'usurpation a encore de beaux jours devant elle, mais tant qu'il reste une partie du peuple à ne pas vouloir mourir (et c'est ce que j'ai envie de voir dans l'attachement à l'histoire de France et à la culture catholique), il y a encore une chance pour que ce peuple retrouve son roi si celui-ci vient à sa rencontre quand les temps seront murs. Ceux-ci viendront-ils bientôt alors que les murs institutionnels républicains sont de plus en plus branlants ?

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Re: François Fillon vainqueur des primaires des Républicains

Message par Beaujeu le Mer 30 Nov 2016, 22:41

Une bonne analyse comme d'habitude ; merci.
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