La Contre-révolution, les Légitimistes et traditionalistes

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La Contre-révolution, les Légitimistes et traditionalistes

Message par Mickaelus le Lun 05 Nov 2007, 20:14

Quelques indications de base sur le royalisme contre-révolutionnaire et ses principaux défenseurs :
La contre-révolution constitue un lien entre les sensibilités du Siècle des Lumières et du XIXe siècle. Elle se développe dans le soutien aux régimes monarchiques contre le volontarisme constitutionnel des révolutionnaires de 1789 et le rationalisme. Parmi les figures les plus importantes de ce courant, Louis de Bonald, Chateaubriand et Joseph de Maistre ont laissé une oeuvre qui s'inscrit dans la continuité des Considérations sur la France du whig anglais Edmund Burke (1729-1797), premier théoricien de la contre-révolution. Le courant traditionaliste propose dès les années 1814 un contre-modèle catholique et royaliste : opposés à la souveraineté populaire, les tenants du traditionalisme affirment l'essence divine de la société et face à la centralisation jacobine prônent un retour au corporatisme dans le respect de l'entité familiale. "Il s'ensuit qu'une bonne monarchie ne peut être gouvernée que selon la loi divine, autrement dit selon les principes chrétiens." (J.-O. Boudon). Cette idée qualifiée de "traditionaliste" se retrouve encore dans les premiers écrits de Lamennais.
La Restauration ne répond cependant pas à l'attente de ce courant de pensée. Selon Bonald ou de Maistre, le retour à une monarchie chrétienne ne peut s'effectuer par le biais de la Charte qui n'assure pas le développement de la religion catholique. Les légitimistes et les ultras soutiennent la branche aînée des Bourbons dans leur souhait de recouvrer le pouvoir après 1830, mais on retrouve encore ce courant de pensée à la fin du XIXe siècle à travers Charles Maurras et l'Action française ou le comte de Chambord, quant à ceux qui ont adopté les valeurs démocratiques pour préserver leur engagement religieux, ils forment une nouvelle famille politique, celle des démocrates-chrétiens.

Louis de Bonald (1754-1840) est issu d'une vieille famille parlementaire du Rouergue. Il émigre pendant la Révolution dont il fut un adversaire complet, comme il le fut de l'esprit des Lumières. Théoricien le plus marquant de la théocratie, il émigre en 1791 et rentre en France sous la Restauration, régime qui doit, selon lui, "rétablir la constitution de la société, c'est-à-dire retourner à la volonté du créateur". Théoricien de la réaction royaliste et religieuse, il fut conseiller de l'Université sous l'Empire, député de l'Aveyron (1815-1822) et pair de France (1823). Il refuse de prêter serment à Louis-Philippe en 1830 et se retire de la vie publique.

François-René vicomte de Chateaubriand (1768-1848) est originaire d'une ancienne famille bretonne. Sa carrière militaire est brisée par la Révolution. Emigré aux Etats-Unis et en Angleterre à partir de 1789, il rentre en France en 1800 et officie quelque temps dans la diplomatie de l'Empire. Diverses missions diplomatiques (Rome, Valais) lui sont confiées mais il donne sa démission à l'annonce de l'exécution du duc d'Enghien (1804) et s'oppose dorénavant à Napoléon. Ambassadeur à Stockholm (1814) il publie De Bonaparte, des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et celui de l'Europe qui a un impact important. Ministre d'Etat chargé de l'intérieur, pair de France (1815), il soutint des positions ultra-royalistes contre le ministère Richelieu et s'opposa dans la presse aux idées libérales. Ministre des affaires étrangères en 1822, il est destitué en 1824 pour dissension avec l'ultra Joseph de Villèle (1773-1854) alors président du Conseil (1821-1828) et considéré alors comme l'homme le plus impopulaire de France. Dès cette date, il rejoint l'opposition libérale et revient aux affaires en 1828 avec le ministère Martignac qui tentait de rallier les ultras et les libéraux. Ambassadeur à Rome, Chateaubriand reprend en 1830 la défense des Bourbons et acheva dans une retraite quasi absolue, son oeuvre littéraire après avoir refusé, comme Bonald de prêter serment à Louis-Philippe.

Joseph de Maistre (1753-1821). Fils d'un sénateur de Savoie né à Chambéry, de Maistre reçoit une éducation religieuse et suit des études de droit. Il entre dans la magistrature, devient régent de la chancellerie de Sardaigne (1799). Influencé par les idées libérales et l'illuminisme maçonnique, il est cependant choqué par le bain de sang de la Révolution française. La lecture de Burke et son rejet de la violence politique hâtent sa conversion. Réfugié en Russie où il occupe le poste d'ambassadeur du roi de Piémont à Saint-Pétersbourg (1802-1817), il rentre en France lors de la Restauration. Mais il n'est satisfait ni par Louis XVIII, ni par Victor-Emmanuel. Il stigmatisera jusqu'à sa mort la politique gallicane du roi et la collusion avec les régimes précédents. Principal énonciateur de la doctrine théocratique avec Ballanche et Bonald, il se prononce pour la monarchie absolue sans négliger d'en critiquer les abus. Il a marqué l'ensemble du courant traditionaliste français.
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Bonald

Message par Kardaillac le Lun 05 Nov 2007, 22:32

Louis de Bonald était plutôt ouvert aux idées nouvelles en 1789. Ce qui lui permit de se maintenir à la mairie de Millau. C'est quand la Révolution a commencé à se retourner contre le clergé qu'il saisit la monstruosité de ce "progrès".
"Bonald" commence à Heildeberg dans l'armée de Condé. Il avait le temps de réfléchir à tête reposée. Toute son oeuvre part de là, l'exil ! C'est un grand théoricien, et pas rébarbatif du tout.

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Re: La Contre-révolution, les Légitimistes et traditionalistes

Message par Mickaelus le Jeu 08 Nov 2007, 16:46

Je ne puis qu'être d'accord avec vous concernant Bonald, dont j'ai pu apprécier quelques grandes idées et quelques textes par-ci par-là même si je n'ai pas encore pris le temps que je devrais accorder bientôt à une lecture dans le détail de ses principaux ouvrages. Il est d'ailleurs dommage que lui comme Maistre ne soient pas aussi bien édités que peut l'être Chateaubriand - même s'il n'est pas difficile d'en entrevoir la raison et qu'on peut toujours se rabattre sur Gallica.

En tout cas, je trouve son exemple rassurant en un sens, à savoir que quelqu'un qui a pu apprécier certaines revendications de la Révolution au départ (cela a pu être en Vendée aussi d'ailleurs avant les problèmes religieux et la déplorable conscription révolutionnaire) ait pu en devenir un adversaire complet : c'est ce que devrait pouvoir faire n'importe quel amoureux de la France traditionnelle - et de la religion catholique, puisque c'est ici l'élément déclencheur pour Bonald et en fait un élément essentiel de cette France - avec un peu de bon sens et d'observation, même après tout le temps écoulé.

Ce qui est fort chez Bonald, je pense, est que le fait qu'il se situe après la césure révolutionnaire pour penser contribue à une vision authentique de ce qui faisait la spécificité politique de la monarchie française et de ce que doit être un bon gouvernement. Avec lui, point d'errances constitutionnelles, de "roi selon la charte" ; il va droit où il faut et à la vérité, comme on peut le constater en parcourant ne serait-ce que les grandes lignes de son premier grand texte, sa Théorie du pouvoir politique et religieux (1796). Voici une citation de la préface trouvée [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]pour donner un aperçu :
Bonald a écrit: Dans tous les temps, l'homme a voulu s'ériger en législateur de la société religieuse et de la société politique, et donner une constitution à l'une et à l'autre : or, je crois possible de démontrer que l'homme ne peut pas plus donner une constitution à la société religieuse ou politique, qu'il ne peut donner la pesanteur aux corps, ou l'étendue à la matière, et que, bien loin de pouvoir constituer la société, l'homme, par son intervention, ne peut qu'empêcher que la société ne se constitue, on, pour parler plus exactement, ne peut que retarder le succès des efforts qu'elle fait pour parvenir à sa constitution naturelle.

En effet il existe une et une seule constitution de société politique, une et une seule constitution de société religieuse ; la réunion de ces deux constitutions et de ces deux sociétés constitue la société civile ; l'une et l'autre constitution résultent de la nature des êtres qui composent chacune de ces deux sociétés, aussi nécessairement que la pesanteur résulte de la nature des corps. Ces deux constitutions sont nécessaires dans l'acception métaphysique de cette expression, c'est-à-dire qu'elles ne pourraient être autres qu'elles ne sont, sans choquer la nature des êtres qui composent chaque société : ainsi toute société religieuse ou politique, qui n'est pas encore parvenue à sa constitution naturelle, tend nécessairement à y parvenir ; toute société religieuse ou politique, que les passions de l'homme ont écartée de sa constitution naturelle, tend, nécessairement à y revenir. Cette tendance contrariée par les passions de l'homme, ce combat entre l'homme et la nature, pour constituer la société, est la seule cause des troubles qui se manifestent au sein des sociétés religieuses et politiques. La force, l'indépendance, le perfectionnement en tout genre, sont, dans la société religieuse et politique, les fruits nécessaires de la constitution ; la faiblesse, la dépendance, la détérioration religieuse et politique sont l'infaillible partage des sociétés non constituées. Une société religieuse non constituée n'est qu'une forme extérieure de religion ; une société politique non. constituée n'est. qu'une forme extérieure de gouvernement ; et, à proprement parler, des sociétés non constituées ne méritent pas plus le nom de société, qu'un corps qui ne serait pas pesant ne mériterait le nom de corps. Si je n'ai pas démontré ces vérités, d'autres les démontreront, parce que le temps et les événements ont mûri ces vérités ; parce que la conservation de la société civile dépend aujourd'hui de leur manifestation, et que l'agitation intestine, qu'il n'est que trop aisé d'apercevoir dans la société générale, n'est autre chose que les efforts qu'elle lait pour enfanter des vérités essentielles à son existence.

Non seulement ce n'est pas à l'homme à constituer la société, mais c'est à la société à constituer l'homme, je veux dire à le former par l'éducation sociale.

L'homme n'existe que pour la société, et la société ne le forme que pour elle : il doit donc employer au service de la société tout ce qu'il a reçu de la nature et tout ce qu'il a reçu de la société, tout ce qu'il est et tout ce qu'il a. Servir la société, c'est l'administrer suivant la force de cette expression, ou exercer une fonction dans une partie quelconque de son administration.

J'ai donc traité de la constitution politique, de l'éducation sociale, de l'administration publique ; c'est-à-dire que j'ai traité le sujet le plus vaste et le plus important de tous ceux que l'homme peut soumettre à ses méditations. Que sont en effet toutes les sciences auprès de la science de la société ? et qu'est l'univers lui-même, si on le compare à l'homme ?

Après avoir établi les principes de la constitution des sociétés en général, et en avoir fait l'application à la constitution de la société politique, j'ose les appliquer à la constitution de la société religieuse ; en développant ces principes, sous des rapports moraux ou religieux, je suis pas à pas l'ordre et la marche que j'ai suivis en les développant sous les rapports politiques. Je parviens donc à des résultats absolument semblables ; et cela doit être : car la société civile, réunion d'êtres à la fois intelligents et physiques, est un tout composé de deux parties absolument semblables, puisqu'elles sont composées des mêmes éléments, et que la seule différence qui existe entre elles consiste dans le rapport différent sous lequel chacune de ces parties considère les éléments ou les êtres que l'une de ces parties, qui est la société politique, considère comme physiques et intelligents, et que l'autre partie, qui est la société religieuse, considère comme intelligents et physiques.

Mais pourquoi des vérités si importantes au bonheur de la société sont-elles restées jusqu'à présent ensevelies sous un prodigieux amas d'erreurs ? Si leur démonstration est nécessaire, pourquoi leur manifestation est-elle si tardive ? Dans les sciences qui ont pour objet la quantité, l'étendue, le mouvement, les propriétés enfin de la matière, l'homme a fait des progrès étonnants ; et dans sa propre science, et dans la science de la société politique, il en est encore aux éléments et presque à l'ignorance du premier âge ! Ne cherchons pas hors de l'homme la cause de cette contradiction... Si, révélant à la pensée le mystère de ce nœud invisible et puissant qui, dans la société politique, de toutes les volontés ne fait qu'une volonté, de tous les pouvoirs ne fait qu'un pouvoir, de toutes les forces ne fait qu'une force, de tous les hommes ne fait qu'un homme, la nature lui présente cette idée de l'unité, si grande parce qu'elle est si simple ; si elle lui montre dans l'homme moral unité de volonté, dans l'homme physique unité d'action, dans l'univers unité de plan ; si elle lui fait voir dans l'unité le principe de l'ordre, dans l'unité le secret du beau : l'ambition déçue de ses espérances s'indigne contre la barrière que la nature veut opposer à ses desseins, et l'homme, entraîne par l'ambition, rejette les inspirations de la nature ; et, s'éloignant de l'idée simple et vraie de l'unité et de l'indivisibilité du pouvoir, se perd dans les combinaisons laborieuses de la division et de l'équilibre des pouvoirs.

C'est donc sur une fatalité aveugle, sur une division sans terme ou un équilibre incertain de pouvoirs, que l'homme élève, malgré la nature, à l'aide de l'orgueil et de l'ambition, l'édifice de la société...

Lorsque je fonde un système de politique sur des propositions générales ou abstraites, et que j'en fais l'application par l'histoire, il ne suffit pas, pour le combattre, d'opposer des propositions à des propositions, ni des raisonnements à des raisonnements, mais il faut encore opposer les faits aux faits, l'histoire à l'histoire. Donnons-en un exemple. Des hommes qu'on a honorés du titre de métaphysiciens politiques, et dont toute la métaphysique est l'obscurité d'un esprit faux, et toute la politique les désirs effrénés d'un cœur corrompu, ont avancé que la souveraineté résidait dans le peuple. C'est là une proposition générale ou abstraite ; mais lorsqu'on veut en faire l'application à l'histoire ou par l'histoire, il se trouve que le peuple n'a jamais été et qu'il ne peut jamais être souverain : car où seraient les sujets quand le peuple est souverain ? Si l'on veut que la souveraineté réside dans le peuple, dans ce sens qu'il ait le droit de faire des lois, il se trouve que nulle part le peuple n'a fait des lois, qu'il est même impossible qu'un peuple fasse des lois, et qu'il n'a jamais fait, et qu'il ne peut jamais faire autre chose qu'adopter des lois faites par un homme appelé par cette raison législateur : or, adopter des lois faites par un homme, c'est lui obéir ; et obéir n'est pas être souverain, mais sujet, et peut-être esclave. Enfin si l'on prétend que la souveraineté réside dans le peuple, dans ce sens que le peuple en délègue l'exercice en nommant ceux qui en remplissent les diverses fonctions, il se trouve que le peuple ne nomme personne, et ne peut même nommer qui que ce soit ; mais qu'un nombre convenu d'individus, qu'on est convenu d'appeler peuple, nomment individuellement qui bon leur semble, en observant certaines formes publiques ou secrètes dont on est également convenu. Or des conventions ne sont pas des vérités ; car les conventions humaines sont contingentes, c'est-à-dire qu'elles peuvent être ou n'être pas, ou être autres qu'elles ne sont ; au lieu que les vérités sont nécessaires, c'est-à-dire qu'elles doivent être et qu'elles ne peuvent être autres qu'elles ne sont sans cesser d'être des vérités. Donc cette proposition générale ou abstraite : La souveraineté réside dans le peuple, n'a jamais reçu et ne peut recevoir aucune application ; donc c'est une erreur.

J'ai énoncé dans les premiers chapitres de mon ouvrage des propositions générales et abstraites : mais j'en ai fait une application continuelle et suivie à l'histoire et ces propositions abstraites sont devenues des vérités évidentes, des principes.

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Re: La Contre-révolution, les Légitimistes et traditionalistes

Message par Ordre naturel le Mar 22 Jan 2013, 17:43

Mickaelus, je crois que même affirmer que Bonald était ouvert au début à la révolution est aller un peu vite.

C'est un raccourci fréquent, en fait ses lettres montrent tant d’appréhension pour la prise de la bastille que pour le 4 aout et les massacres intermédiaires, maintenant, il était maire il n'allait pas organisé une contre révolution alors qu'il y avait un roi.

Il reçu une couronne civique ex... mais c'était pour des raison locales, en 1791 il est parti abandonnant tous ses postes comprenant ce qui se passait en profondeur.

Je trouve léger d'estimer un soutien par le fait qu'on n'ai pas quitter un poste.
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Re: La Contre-révolution, les Légitimistes et traditionalistes

Message par Beaujeu le Mar 22 Jan 2013, 18:29

Je n'ai pas su me connecter à Gallica, que d'une façon générale je trouve bien malcommode à manier. Texte integral :

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Re: La Contre-révolution, les Légitimistes et traditionalistes

Message par Mickaelus le Mar 22 Jan 2013, 21:27

Beaujeu a écrit:Je n'ai pas su me connecter à Gallica, que d'une façon générale je trouve bien malcommode à manier.
Je ne sais pas si vos réserves concernent le site en général ou des liens que j'aurais pu donner au début du forum - vu que le site a bénéficié d'une refonte depuis, ça ne fonctionne peut-être plus toujours. En tout cas, j'ai personnellement téléchargé trois volumes d’œuvres complètes de Bonald sur ce site, je trouve cela pratique, surtout qu'avec le débit internet actuel c'est bien plus rapide qu'il y a dix ans par exemple.

Ordre naturel a écrit:Mickaelus, je crois que même affirmer que Bonald était ouvert au début à la révolution est aller un peu vite.
Eh bien, tout d'abord le message auquel vous faites référence date d'il y a plus de cinq ans, et j'y précise même que je n'avais pas lu tout Bonald, loin de là (et c'est toujours le cas j'imagine) ! Il est possible que cette formulation assez maladroite m'ait alors été inspirée par je ne sais quel résumé trouvé sur un site - mais alors je n'en ai aucun souvenir. Toutefois, il me semble également que j'ai écrit que Bonald n'avait peut-être pas été hostile à certains aspects de la Révolution, c'est-à-dire sur la forme, un peu comme plus tard des ultras siégeront à la chambre des députés. Car quoi qu'on en dise, sa mission départementale était bien dépendante de l'Assemblée, dont l'existence était tout de même le moteur de la Révolution (est-ce si différent, dans l'attitude, de ce qu'a tenté pendant vingt ans Philippe de Villiers en Vendée ?). Certes, on ne pouvait pas en prévoir toutes les conséquences, et nous disposons aujourd'hui d'un recul confortable. Dans le texte que je vous propose ci-dessous (extrait du tome premier des Œuvres complètes qu'on trouve sur Gallica, cette notice biographique ayant été établie d'après les récits de deux de ses fils), on sent tout de même que c'est la constitution civile du clergé qui motive avant tout son retrait. En somme, loin de moi l'idée de faire de Bonald un révolutionnaire modéré temporaire ; on se doit juste de constater qu'il a œuvré au sein d'une institution illégale, certes localement, pendant quelques temps.

Au sortir du collège, il entra dans les mousquetaires, et y resta jusqu'à leur suppression, en 1776. Revenu dans sa ville natale, il fut élu maire, quoique jeune encore. Déjà les temps devenaient mauvais : on était à la veille de la révolution. Il sut en retarder longtemps les orages pour la ville qui l'honorait de ses suffrages ; et, par sa fermeté, la chaleur de ses paroles et la confiance générale qu'il inspirait, il put contenir les partis, et eut le bonheur d'empêcher en plus d'une circonstance une collision menaçante. Il prévint l'effusion du sang, comme l'avait fait, sous Louis XIII, son bisaïeul, Pierre de Bonald, lequel reçut de Louis XIV un brevet de conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, en considération des services qu'il avait rendus pendant les troubles de religion.

La considération que s'était acquise le vicomte de Bonald dans l'exercice de la mairie de Millau le plaçait naturellement au nombre de ceux qui pouvaient prétendre à représenter la noblesse de sa province aux états généraux qui allaient s'ouvrir ; mais, content d'être utile dans une position modeste, M. de Bonald ne seconda pas les désirs de ses amis. Il fut néanmoins porté, dans les deux sénéchaussées de Villefranche et de Rodez, aux élections du mois de mars 1789, et obtint un grand nombre de vois dans l'une et dans l'autre.

Quelques mois après, une circonstance, vint augmenter la popularité dont jouissait dans sa province le maire de Millau, et valut à son nom l'honneur de retentir un moment à la tribune de l'Assemblée nationale.

Un bruit fort extraordinaire s'était répandu dans toute la France. Chaque ville s'imagina voir à ses portes une armée de brigands dont elle allait devenir la proie. Des émissaires étaient envoyés dans toutes les directions pour s'assurer de leur marche, et leurs rapports contradictoires augmentaient la confusion et la frayeur. Comment cette alarme s'était-elle tout à coup et si universellement répandue ? Était-ce une manœuvre habile des fauteurs de la révolution, ou un de ces pressentiments qui accompagnent toujours les grandes calamités ? car il n'était que trop vrai qu'une armée de brigands était alors à nos portes, et allait fondre sur notre malheureuse patrie.

Dans cette circonstance, M. de Bonald assembla le conseil municipal de Millau et les notables de la ville, et leur proposa d'adresser à toutes les autres villes du département une invitation pour se réunir et former une association pour la défense commune. « La ville de Millau, » dit M. de Bonald, « a, la première, réclamé les droits de sa province et elle sera la première à réclamer le respect des lois et de l'humanité, dans un moment où l'extrême agitation des esprits semble les faire oublier. Elle a vu avec une vive reconnaissance, lors des terreurs qui viennent d'affliger ces contrées, les différentes communautés s'unir pour le salut commun, et les citoyens abandonner leurs foyers pour voler à la défense de leurs frères. Elle leur propose à présent de s'unir étroitement en une confédération d'honneur, de vertu et de respect pour les lois, et pour arrêter toute infraction à l'ordre public, et toutes les violences qui mettraient en danger la vie et les propriétés des citoyens, » etc.

La délibération prise sur cette proposition par les officiers municipaux et les habitants de la ville fut transmise à l'Assemblée nationale, qui, dans sa séance du 21 août 1789, en ordonna l'impression, et chargea son président, M. de Clermont-Tonnerre, d'en témoigner sa satisfaction.

Au mois de février 1790, à la réorganisation des municipalités, M. de Bonald fut réélu maire de Millau, par une majorité de 293 voix sur 368.

Bientôt après, en juillet 1790, la création des assemblées départementales fournit à ses concitoyens une occasion de lui donner un nouveau témoignage de leur estime et de leur confiance : il fut nommé membre de l'assemblée départementale de l'Aveyron, par une majorité de 452 voix sur 523, malgré une opposition furibonde organisée par le trop célèbre Chabot, alors prieur du couvent des Capucins de Rodez, et qui, sous sa robe de moine, laissait déjà pressentir le redoutable conventionnel. Le choix presque unanime de ses collègues (26 voix sur 32) appela M. de Bonald à la présidence de l'administration départementale. Il quitta alors la mairie de Millau, et on trouve à ce sujet, dans des notes tout intimes, ces nobles et chrétiennes paroles: « J'ai donné ma démission de la place de maire, que j'exerçais depuis le 6 juin 1785. Dieu seul sait ce que j'y ai souffert Je lui ai offert mes peines, et il a daigné m'en dédommager en ne permettant pas que la tranquillité publique fût troublée pendant ce long espace de temps, et au milieu des circonstances les plus orageuses. Il m'appelle dans une autre carrière à de nouvelles croix : je m'y résigne, et s'il daigne m'en faire triompher, je lui demande d'écarter de moi l'esprit d'orgueil et d'amour-propre. » (1er août 1790.)

Ainsi, sans partager de tristes illusions ni de folles espérances, M. de Bonald ne se croyait pas le droit de refuser son concours, même lorsque son pays s'engageait dans des voies qui lui semblaient aboutir aux abîmes. Le donnant avec la loyauté d'un honnête homme et le dévouement d'un bon citoyen, il n'hésita pas à entreprendre courageusement la tâche difficile de présider à l'organisation d'un des nouveaux départements.

Toutefois, il ne devait pas remplir longtemps ses nouvelles fonctions. La conscience a des droits imprescriptibles, et le moment était proche où elle allait imposer au chef de l'administration départementale de l'Aveyron l'obligation de protester contre un des actes du gouvernement. L'horizon devenait de plus en plus sombre ; un schisme affreux désolait l'Eglise ; les exigences de l'Assemblée nationale avaient imposé à la faiblesse du monarque l'acceptation de la Constitution civile du clergé. M. de Bonald crut de son devoir et de son honneur de résigner ses fonctions, et de faire connaître hautement les motifs de sa résolution, dans une lettre qu'il adressa à ses collègues et qui fut alors fort répandue. Cette lettre, où respirent le courage du citoyen, l'honneur du gentilhomme et l'humble soumission du Chrétien, est le premier écrit qu'il ait publié, et elle mérite. de rester à la tête, de ses Œuvres complètes. La voici :

« Dispensé par ma place d'assister aux délibérations du Directoire, j'aurais pu prolonger mon séjour loin de vous, Messieurs, et éviter ainsi de concourir personnellement à l'exécution des nouveaux décrets ; mais je dois à la foi que je professe un autre hommage qu'une absence équivoque ou un timide silence. J'ai donné, je donnerai toujours l'exemple de la soumission la plus profonde à l'autorité légitime, et les dispositions les plus sévères ne m'arracheront ni un regret, ni un murmure ; mais sur des objets d'un ordre supérieur, et qui me paraissent intéresser ma religion, je n'irai pas, en me séparant de cette autorité visible de l'Eglise, que les éléments les plus familiers de ma croyance m'ont appris à reconnaître dans le corps des pasteurs, unis à leur chef, m'exposer à des doutes cruels, à des remords déchirants pour celui qui a confié à ces consolantes vérités le bonheur de son existence. L'Assemblée nationale a décrété des changements dans la discipline ecclésiastique et la constitution du clergé ; elle a imposé aux pasteurs le serment de s'y conformer, et de les maintenir. Le roi, sur des instances réitérées, a donné sa sanction à ces décrets ; mais le chef de l'Eglise garde le silence ; mais les premiers pasteurs rejettent unanimement ces innovations ; mais les pasteurs secondaires, unis à leurs évêques, annoncent partout la plus invincible résistance ; mais plusieurs même de ceux qui y avaient adhéré rétractent leur adhésion, comme une faiblesse ou une surprise. Et moi, à qui il est commandé de croire, et non de décider ; moi, qui sais que le mépris du Saint-Siège et de l'autorité des premiers pasteurs a été le principe de toutes les dissensions religieuses qui ont désolé l'Eglise et l'Etat ; moi, qui ne puis séparer le respect que je dois à ma religion, du respect qu'elle me commande pour ses ministres, j'irais prévenir la décision du chef de l'Eglise, braver l'opinion unanime de mes pasteurs, déshonorer ma religion en plaçant ses prêtres entre la conscience et l'intérêt, le parjure et l'avilissement ; je leur dirais : Jure, ou renonce à tes fonctions, à ta subsistance, comme en d'autres temps on disait à des hommes : Crois, ou meurs ! Non, non, Messieurs, non ; l'humanité autant que la religion se révoltent à cette pensée. Ce n'est pas là sans doute le prix que mes concitoyens mettaient à la confiance dont ils m'ont honoré ; ils me reprocheraient un jour de l'avoir usurpée, et je renonce aux témoignages flatteurs qu'ils m'ont donnés, si je ne puis en jouir sans trahir ma conscience et leurs plus grands intérêts. »

M. de Bonald se retira à la campagne ; mais cette démission éclatante ayant inspiré de vives craintes à sa famille, il céda, sans les partager encore, aux instances qu'elle lui faisait de pourvoir à sa sûreté, et croyant désormais, comme toute la noblesse française, remplir un devoir d'honneur, quand la religion était détruite et l'autorité royale avilie, il se décida à émigrer. [Etc.]

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Re: La Contre-révolution, les Légitimistes et traditionalistes

Message par Ordre naturel le Mer 23 Jan 2013, 14:39

Je pense qu'il a tout quitté en fait quand il a compris que c’était un mal profond et non passager.
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