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Commémorations révolutionnaires, bonapartistes et républicaines : qu’en faire sous une monarchie ?

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Commémorations révolutionnaires, bonapartistes et républicaines : qu’en faire sous une monarchie ? Empty Commémorations révolutionnaires, bonapartistes et républicaines : qu’en faire sous une monarchie ?

Message par Mickaelus Sam 08 Mai 2021, 16:11

Ces derniers temps, les occasions de commémoration d’événements ou de personnages appartenant à la geste révolutionnaire et républicaine se sont multipliées dans les médias de notre pays, si bien que m’est venue cette question toute simple, sur laquelle il serait intéressant d’avoir votre avis : que faudrait-il faire de la mémoire de ces événements et de ces gens si la monarchie était restaurée ? Il serait en effet difficile de déclarer, comme cela, comme nulles et non avenues les deux-cent dernières années, ou de faire à rebours comme les adeptes de ce que l’on appelle la « cancel culture. » Et je parle bien là d’histoire et non de politique.
A toute fin utile, rappelons que nous avons connu l’année De Gaulle en 2020 et que ce 5 mai 2021 a marqué les deux cents ans de la mort de Napoléon Bonaparte, sans compter les quarante ans de l’élection première de Mitterrand très bientôt, ni les célébrations usuelles des 11 novembre et 8 mai.

Tout d’abord, les débats actuels, surtout ceux qui ont concerné Napoléon, ont mis en avant la distinction entre commémoration et célébration, puisque le fait de se souvenir ou de promouvoir n’est pas sensiblement la même chose. Avec le même genre d’attitude, Emmanuel Macron avait par exemple reconnu que Philippe Pétain avait été un héros de Verdun, malgré ce qui est advenu pendant la Seconde Guerre mondiale. De manière assez cocasse pour nous autres royalistes, nous constatons d’ailleurs que ce sont les héritiers de la Révolution qui se déchirent d’eux-mêmes sur la mémoire de l’histoire récente du pays, selon qu’ils soient des républicains ou bonapartistes originaux purs et durs, ou bien des républicains libéraux ou libertaires. Ainsi, même si Napoléon et son régime impérial ont permis de consolider les acquis révolutionnaires et de retarder la Restauration (et donc probablement d’en amoindrir l’aura et l’efficacité), c’est sur la forme autoritaire de l’exercice du pouvoir, ou bien encore, selon l’air du temps, sur le rétablissement de l’esclavage ou une législation prétendument misogyne, qu’il est attaqué. Notons que sur ces derniers points, Louis XIV et le Code noir ou bien encore une société plus patriarcale inspirée par une Église catholique au fait de sa gloire, vaudraient les mêmes critiques à notre camp.

Le monde royaliste n’est d’ailleurs pas uni, comme de coutume hélas, sur ces questions, puisque j’ai pu lire que le comte de Paris Jean d’Orléans était favorable à la commémoration de Napoléon, en cela résolument l’héritier de son aïeul Louis-Philippe, qui avait fait revenir les cendres de l’Empereur en 1840, et qui défend tout comme lui une vision syncrétiste de l’histoire de France. Nous sommes là bien éloignés de la vision de l’ogre et de l’usurpateur bien plus commune dans les milieux légitimistes, encore qu’il faille reconnaître des sentiments parfois ambigus chez Chateaubriand par rapport au sort des armées. Ce qui me semble important en tous les cas, c’est qu’il ne faut rien oublier mais ne rien excuser, et que le souvenir des épisodes les plus tragiques de notre histoire devrait être l’occasion d’expliquer pourquoi les tristes événements des deux derniers siècles ont trop souvent été contraires aux valeurs civilisationnelles de notre France éternelle. Par exemple, pour citer un événement qui n’a, lui, pas du tout été commémoré ni encore moins célébré, il serait vain de raconter la Restauration, la Charte de 1814 et le retour du drapeau blanc des Bourbon, sans se souvenir de ce qui a rendu cela nécessaire. Il ne faudrait pas non plus oublier d’expliquer comment les Français ont été largement victimes des événements révolutionnaires, et comment la naissance des nationalismes, l’unification de l’Allemagne, ont enfanté les guerres mondiales et la perte de puissance des pays d’Europe au profit des Etats-Unis.

C’est d’ailleurs un point essentiel à mon avis : la préparation mais même la pérennité d’une Restauration monarchique doit s’appuyer sur une mémoire qui n’occulte rien mais qui met en avant des symboles royaux forts, pour expliquer en quoi la Révolution et tous ses avatars ont fait du mal à ce pays, et provoqué tant de victimes innocentes. Et puis, redonner leur place à des gens injustement mis de côté comme les Vendéens et les Chouans. C’est aussi à cette condition qu’il est possible de retrouver un drapeau royal et un hymne résolument français.

Je n’ai fait qu’effleurer le sujet, mais nous pourrons évoquer certains événements plus avant si cela vous intéresse naturellement.
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Message par Calliope Sam 08 Mai 2021, 22:04

Bien sûr ces questionnements, et, tes positions me plaisent.
Ces "commémorations" n'ont pas toutes les mêmes valeurs pour moi. Le 08 Mai ne me signifie rien dans la mesure où la France était soumise aux IIIème Reich Allemand... Le 11 Novembre, infiniment plus: Là, j'ai vraiment de l'émotion pour mon pays.
Je pense que l'émotion pour le patriotisme devrait remplacer la vocation pour le nationalisme qui n'est signe de "Rien"...
Je crois absolument qu'une poétique patriote peut construire bien plus que les aboiements des "Natios"! Il ,nous faut toujours bâtir, habiter et penser. Cela est un devoir moral: Prolonger coûte que coûte ceux qui nous ont précédés, y compris dans leurs utopies: C'est là la production du prolongement du Peuple, dont le ciment qui fonde "solidarité", est incarné par l'espoir en le grand retour du Roi!

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Message par Beaujeu Lun 10 Mai 2021, 22:23

Je ne commémore pas ce jour l'accession de F. Mitterrand au pouvoir, mais j'en ai deux souvenirs un peu amusés, si modérément amusant que fût l'événement :
En premier, Jean-Pierre Elkabbach qui à la télévision ne devait naturellement donner le résultat qu'à 20 heures l'avait donné au moins vingt minutes avant : il suffisait de voir son visage décomposé et d'entendre sa voix brisée.
En second, passager d'une voiture traversant Paris vers 23 heures, à un feu rouge un homme ivre est venu s'accrocher à notre rétroviseur en chancelant et répétant : "Aaah... Mitterrand... Mitterrand..."
Il n'était pas ivre d'alcool mais visiblement de bonheur !

Pour en revenir au sujet proprement dit, il me semble que la façon dont le peuple a en son temps reçu favorablement ou non un événement ou un personnage, doit être un élément important dans le choix de commémorer ou non : c'est une façon d'éviter le péril des jugements historiques anachroniques, mais aussi de tenir compte de la subsistance de sentiments qui pour nous paraître déplaisants existent cependant de façon significative.

La méthode sans doute a ses limites, c'est pourquoi je parle seulement d'un "élément". Le peuple qui assurément a bien accueilli Napoléon et l'idolâtrait encore au retour des Cendres ne mesurait pas comment l'homme avait si bien remué l'Allemagne qu'il devait grandement contribuer à 1870... pour commencer.  

Les griefs de ces jours derniers contre le code civil de l'Empire parce qu'il faisait de la femme une mineure sont un morceau de choix dans l'anachronisme historique, Napoléon n'ayant ni plus ni moins que formalisé l'esprit du temps.

Un événement qui n'a reçu en 2019 strictement aucune, je ne dis même pas commémoration, mais simplement mention dans les media, fut le centenaire du traité de Versailles.
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Message par Mickaelus Dim 16 Mai 2021, 18:06

C'est vrai, Calliope, qu'il y a sans nul doute une théorisation très intéressante à opérer en ce qui concerne la distinction entre le patriotisme et le nationalisme, pour les raisons morales que tu évoques, mais aussi tout simplement parce que, et c'est lié, le concept de Nation est né avec les Lumières et la Révolution, et qu'il s'agit d'une conception erronée de la souveraineté, déconnectée de la tradition et du sacré, au profit d'une logique numérique et quantitative. La déconstruction et le nihilisme, sous couvert d'une mauvaise interprétation du principe de la raison, ne sauraient servir de base à la vie des habitants d'un royaume sain.
Quant à la continuité des utopies, c'est là qu'une Restauration devra faire preuve d'une grande intelligence et de beaucoup de délicatesse, parce que la tâche sera encore plus difficile qu'au temps de Louis XVIII et de Charles X, au vu de l'état du pays et du temps écoulé... C'est là qu'il faudra que le trône et l'autel, soit le temporel et le spirituel, entrent à nouveau en concordance pour donner du sens à tous ces événements passés, et expliquent comment ce que certains ont pu espérer dans des régimes illusoires, la monarchie peut très bien le leur apporter, et de bien meilleure façon. Par contre, ceux qui œuvrent avec acharnement et consciemment contre le pays, et ils sont nombreux, devront être combattus.
Je parle notamment de ceux qui souhaitent diviser la mémoire au profit d'une histoire non plus française, mais communautariste et individualiste, selon les origines de chacun. Par exemple, Christiane Taubira a déploré ce 10 mai le "silence" d'Emmanuel Macron lors de l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Elle aurait pourtant dû se souvenir aisément qu'il n'avait pas manqué de qualifier la colonisation de "crime contre l'humanité", par exemple...

Je suis d'accord avec votre idée, Beaujeu, dans le sens où je pense qu'effectivement, il serait vain, contre-productif et même, tout simplement, malhonnête de tenter de faire disparaître des événements qui sont advenus, même s'ils n'ont pas l'heur de nous arranger. Ce ne serait néanmoins pas le rôle d'une monarchie que d'honorer des personnages, comme Napoléon dont nous avons beaucoup parlé dans ce pays dernièrement, qui ont œuvré contre l'héritage capétien, mais il peut être bon de faire œuvre d'historien et de rappeler le contexte de l'époque. Et puis, ce qui est cocasse c'est qu'aujourd'hui, le sang des Bonaparte s'est répandue dans diverses familles royales...
Et quand vous parlez de l'accueil réservé par le peuple, je peux aussi le percevoir en tant que vendéen, puisque Napoléon a une statue équestre bien visible à la Roche-sur-Yon, ville qu'il a, sinon fondée, du moins développée. Et l'on peut dire que beaucoup de Vendéens ont sans doute accueilli avec soulagement le retour d'une pratique autorisée du culte catholique, même si c'était pour des raisons pragmatiques et politiques. Après, Napoléon, c'est aussi le personnage de la légende romantique, le héros prométhéen, l'homme de l'énergie qui transparaît dans l’œuvre de Balzac, etc.

Pour finir sur un cas d'école républicain, on peut aussi rappeler le comportement très étrange de Jacques Chirac, qui a fait participer la France aux manœuvres anglaises de Trafalgar, mais qui a dédaigné Austerlitz, victoire emblématique qui devrait avoir tout pour plaire pour un républicain à l'ancienne. Mais enfin, c'est aussi lui a engagé la responsabilité de la France s'agissant de la rafle du Vélodrome d'Hiver... Justement, pour moi, s'il ne s'agit pas d'oublier ce qui s'est passé en France, on ne peut pas considérer comme français ce qui est étranger par essence à notre civilisation : ni la Révolution, ni l'empire, ni les républiques, ni l'occupation allemande. Sinon, avec ce genre de logique, on pourrait aussi bien ajouter à la liste officielle des rois de France tous ces rois anglais qui se disaient roi de France, à commencer par Henri VI qui fut sacré sur notre propre sol occupé !

Puisque vous évoquez François Mitterrand, je me suis mis à songer à l'inverse de l'intitulé de ce sujet, c'est-à-dire le souvenir de la monarchie sous la république. Et je ne parle pas là de cette formule de certains commentateurs de droite, qui m'agace au plus haut point, et qui veut faire de la Ve République une monarchie républicaine, prétendue synthèse de l'histoire de France. Non, je repensais là à ce "millénaire capétien" que j'étais trop jeune pour pouvoir l'apprécier dignement à l'époque. Je vous cite la description succincte sur Wikipédia :

Le millénaire capétien est un événement organisé en 1987 en France pour la célébration du 1000e anniversaire de l'avènement d'Hugues Capet. C'est par décret (du 22 janvier 1987) du président de la République, François Mitterrand, et sous son haut patronage qu'est constitué le Comité pour la célébration du millénaire de l'avènement d'Hugues Capet. Sa présidence est assurée par le directeur général des Archives de France, Jean Favier.

Côté légitimisme, Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou et de Cadix, chef de la maison de Bourbon, est invité au colloque d'ouverture de l'année du millénaire, qui se tient le 20 janvier au palais du Luxembourg sous la présidence d'Alain Poher, président du Sénat, sur le thème « d'Hugues Capet à Louis Capet »

Les festivités du millénaire sont ouvertes le 3 avril 1987, dans la grande nef de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, en présence de François Mitterrand et d'un public de 800 personnes environ.

Côté orléanisme, des célébrations ont lieu dans la basilique de Saint-Denis par François Mitterrand, en présence d'Henri d'Orléans, comte de Paris. En septembre 1987, devant des milliers de fidèles invités, Henri d'Orléans, comte de Paris, titre ses petits-fils Jean et Eudes, respectivement duc de Vendôme et duc d’Angoulême, lors d’une grande cérémonie solennelle célébrée au château d'Amboise. Il présente alors Jean d’Orléans comme son successeur à la tête de la maison de France.
[Source : Wikipédia]


Certains d'entre vous en auraient-ils gardé un souvenir un peu plus vivace, dans le contexte de l'époque justement ?
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Message par Beaujeu Lun 17 Mai 2021, 21:47

Je n'a pratiquement pas remarqué en 1987 ces célébrations, ni le reste de l'actualité d'ailleurs, car j'ai passé toute cette année dans un état second à la suite d'un drame personnel.
Je suis presque surpris que cela ait eu lieu.
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Message par Mickaelus Lun 24 Mai 2021, 16:46

Je suis sincèrement navré si l'évocation de cette année a pu réveiller des souvenirs douloureux, Beaujeu...
De mon côté, je crois que mon père avait acquis la pièce commémorative de dix francs à l'effigie de Hugues Capet, mais mon souvenir est flou et il faudrait que j'essaie de la retrouver pour en être bien certain.


En tous les cas, pour ceux que cela intéresse, il y a notamment cet article du site légitimiste Vexilla Galliae qui se penche un peu plus sur les coulisses de l'événement, et notamment les menées du comte de Paris et de Mitterrand, qui ne semblaient pas voir d'un bon œil le réveil relatif du courant légitimiste : cliquer ici.

Plus intéressant encore, car il s'agit là d'un témoignage précieux pour nous, j'ai découvert par hasard un texte du duc d'Anjou de l'époque, Monseigneur Alphonse de Bourbon donc, qui s'exprime sur ce Millénaire capétien, dans la Revue des Deux Mondes semble-t-il. Je vous retranscris la partie qui concerne directement l'événement, mais je vous encourage à télécharger le fichier en suivant ce lien : cliquer ici. Vous remarquerez également que le duc d'Anjou fait le lien avec notre sujet, puisqu'il donne son avis sur le bicentenaire de la Révolution alors à venir.

Un bilan du millénaire

Esquissons, à présent, un rapide bilan des célébrations qui ont marqué cette commémoration.

Ce qui m'aura le plus frappé, au cours de cette année, c'est le formidable élan que j'ai constaté partout pour célébrer l'événement. M'étant rendu dans plus de soixante-dix villes de France pour répondre aux invitations qui m'avaient été trans-mises, je suis bien placé pour en parler.

Ce qu'il convient d'abord de souligner, c'est la multiplicité des initiatives : des conseils régionaux ou généraux, des départements, des cantons, des villes, des petites communes, des sociétés savantes, des associations ad hoc ou de simples particuliers ont eu à cœur de célébrer l'événement avec dignité et enthousiasme, sans oublier les autorités religieuses.

Cela m'a particulièrement touché et profondément ému.

J'ai pu ainsi m'intéresser à un nombre impressionnant de colloques, d'expositions, de reconstitutions historiques et d'initiatives de toutes sortes. Le tout dans une bonne humeur qui n'excluait ni le sérieux ni l'attachement au passé de la part de ces organisateurs.

En contrepoint à cette extraordinaire floraison d'initiatives, il me faut aussi évoquer l'attitude des pouvoirs publics, dont le moins que l'on puisse en dire est qu'ils ne se sont pas singularisés par un enthousiasme débordant.

Un timbre destiné à l'affranchissement au tarif lent, malencontreusement sorti quelques semaines à peine avant le changement des tarifs postaux rendant l'usage de la vignette malcommode, une belle pièce de monnaie de 10 francs, hélas ! frappée à faible nombre, une messe à Noyon où l'on n'a pas jugé utile d'inviter l'aîné des Capétiens, une exposition itinérante des Archives nationales... Ces quelques réalisations, timides et comme faites à contrecœur, ne sauraient compenser l'absence totale de toute création importante dans le grand moyen de communication sociale qu'est la télévision. Six chaînes - sans compter une demi-chaîne culturelle - et pas un seul programme sur Hugues Capet et l'œuvre des Capétiens ! Aucune émission sur l'histoire de cette dynastie alors que, nous le savons bien, les Français sont friands d'histoire ! C'est confondant.

On peut donc légitimement s'interroger sur ces carences et sur la redistribution sélective des deniers de l'Etat, en mettant en parallèle les sommes colossales destinées aux manifestations de plus ou moins bon aloi et le budget chétif consacré à la commémoration du millénaire.

Serait-ce, de la part d'un Etat républicain, la crainte -somme toute bien compréhensible - de rappeler aux Français les bienfaits millénaires de l'institution monarchique capétienne ?

Serait-ce aussi, pour un Etat officiellement laïque, la difficulté de rappeler aux Français que leur nation s'est construite sous l'effet conjugué de l'union du trône et de l'autel ?

Serait-ce encore, pour un Etat qui n'a pas craint de dévaloriser, par toute une série de mesures ou d'incitations légales et fiscales, le rôle de la famille, serait-ce donc la gêne de rappeler aux Français que leur nation s'est précisément édifiée sur l'exaltation du principe familial, puisque la famille capétienne, la famille royale, récapitulait toutes les familles du royaume, lesquelles étaient, aux dires des anciens, comme autant de petits royaumes hiérarchisés suivant les lois naturelles et divines ?

Ce sont, comme on l'aura remarqué, des questions que je pose sans vraiment me les poser, car je crains d'en connaître les réponses. Je le crains d'autant plus que je crois déjà entendre les fanfares et les tambours annonciateurs d'une autre commémoration, celle du bicentenaire de la Révolution, dont on sait combien l'Etat y est attaché et dont on sait, dès aujourd'hui, les colossaux moyens qu'il y consacrera.

On m'interroge de plus en plus fréquemment pour savoir quelle sera mon attitude lors de cette commémoration. Je l'ai dit et je le répète : j'approuve toutes les commémorations qui rassemblent et unissent les Français, mais je ne saurais m'associer à celles qui les divisent. Ma position est donc claire et sans ambiguïté : si la commémoration du bicentenaire offre aux Français l'occasion d'en dresser un bilan sans complaisance, de faire litière de tous les mensonges apologétiques accumulés depuis deux siècles, en un mot comme en dix, de faire le ménage dans ces écuries d'Augias révolutionnaires, alors j'approuverai, car c'est autour de la vérité que les Français pourront réaliser une nouvelle unité, et certes pas autour d'un mensonge, même entretenu, retenu et repeint à intervalle régulier de pimpantes couleurs.

Je constate, à cet égard, que, dans la volumineuse production de livres qui paraissent sur la Révolution depuis quelque temps, et qui sont dus à de scrupuleux historiens, le bilan de cette période tragique de notre histoire est globalement négatif. Je m'en réjouis, non pas par je ne sais quel esprit de revanche, mais par esprit de vérité, parce que seule la vérité sauve et rend libre, tandis que la non-vérité aliène et corrompt les cœurs comme les âmes, mais aussi parce que, peut-être, seulement un pays comme la France, en ce moment si spécial de son histoire et de l'histoire mondiale, peut regarder en arrière vers son passé d'une façon critique. Cela aiderait beaucoup d'autres pays à faire de même, et je pense que l'humanité y trouverait son compte en redimensionnant certains faits et certains passés.

Mais je crains que l'esprit dans lequel l'Etat abordera la célébration du bicentenaire ne soit pas vraiment celui qui m'anime. L'avenir prochain nous le dira.
On comprendra facilement que j'aurai à cœur de célébrer en 1989 le quatrième centenaire de l'arrivée d'Henri IV sur le trône de France, et que, cette année, il sera question pour moi de commémorer avec piété le trois cent cinquantième anniversaire de la consécration de la France à la Vierge Marie par Louis XIII et de la naissance de Louis XIV quelques mois après.

L'histoire de France est heureusement riche de grands événements diversifiés qui peuvent renforcer notre amour de la véritable tradition nationale.


Les effets de la commémoration du millénaire

En tous les cas, et pour ce qui me concerne, l'année 1987 restera une grande année de retrouvailles : retrouvailles de l'aîné des Capétiens avec la France, et retrouvailles des Français avec les Capétiens.

Ces doubles retrouvailles m'invitent à présent à aborder le délicat sujet des effets, pour l'avenir, de la commémoration du millénaire capétien.
S'il est arrivé, parfois, au cours de cette année, que certaines manifestations revêtent un caractère folklorique que l'on peut regretter - je ne vois pas très bien, par exemple, ce que de pseudo-tournois peuvent apporter aux Français quant à la compréhension de leur histoire -, je crois, pour l'essentiel, que cette commémoration fut excellente. Elle le fut, parce que précisément animée par le véritable esprit d'une commémoration qui n'est ni nostalgie ni passéisme. La commémoration du millénaire n'a pas succombé à la mode rétro, Dieu merci ! Tout au contraire, cette commémoration nous aura obligé à un effort de la mémoire, de la longue mémoire de la nation. Elle nous aura introduit dans l'intelligence de la durée et de la continuité qui l'informe. Elle nous aura fait retrouver nos racines et notre identité, et nous réapproprier l'héritage qui nous a été légué par toutes les générations qui nous ont précédés.

Cette commémoration aura été l'occasion exceptionnelle, et quasi providentielle, pour une nation, de se souvenir d'elle-même, non pour se contempler avec délectation, mais pour mesurer le chemin parcouru et en retrouver les repères pour avancer : sachant d'où nous venons, nous pouvons espérer savoir où nous allons.


Je l'ai déjà déclaré, il y a, dans cette longue aventure de la France capétienne, des recettes à retrouver et à appliquer de nouveau à nos sociétés déboussolées : un ordre social conforme à la loi naturelle et à la loi divine, c'est-à-dire au Décalogue et à l'Evangile, une exaltation de la famille qui est la cellule de base de toute société normalement constituée, le respect et le maintien du dépôt de la tradition qui nous vient du fond des âges, un pouvoir suprême qui incarne le destin de la nation et qui soit durable, non sujet aux aléas de l'opinion, pouvoir fort dans ses attributs régaliens mais tempéré dans son exercice, pour tout dire paternel et dévoué au bien commun.

Je ne cite ici que quelques recettes tirées du vieux livre de l'histoire de France, mais ce sont des recettes qui ont fait leurs preuves et qui ont fait la France. C'est aux Français de savoir s'ils veulent, dans cet ancien livre qui contient encore, je veux l'espérer, bien des pages vierges disposées par la Providence divine, écrire de nouveaux chapitres de leur avenir sur le papier solide de leur histoire passée.

J'aimerais aussi me pencher sur cette francophonie qui pourrait être un moyen important pour la continuité de la mission civilisatrice que la France a maintenue à travers le monde, et je me permettrais de suggérer la création d'académies de la langue française dans tous les pays francophones. Ce serait la meilleure façon de fêter le trois cent cinquantième anniversaire de la naissance de Louis XIV, fondateur de toutes les académies françaises.

Voilà aussi l'aspect international de ce millénaire. Le petit-fils de Louis XIV a fait en Espagne la même chose que son grand-père en France, et, par la suite, ces académies se sont multipliées en Amérique et maintiennent entre elles une cohésion admirable.


Donner des débouchés culturels aux jeunes

L'avenir des jeunes me préoccupe énormément, et il me semble que leur donner des débouchés culturels peut être extrêmement rentable pour eux et pour notre monde qui va se trouver confronté à des problèmes de travail. Quoi de mieux que de faire en sorte que la culture, la politique des loisirs prennent une part plus importante dans notre vie, notamment l'histoire, les arts, le sport, ce qui augmenterait d'une façon qualitative et quantitative les emplois qui font cruellement défaut à notre jeunesse ?

Voilà les réflexions que m'inspire cette commémoration du millénaire capétien qui s'achève. On imagine bien difficilement toute la réorientation, dans l'esprit comme dans le cœur des Français, qu'auront procurée ces évocations du millénaire capétien qui ont constellé la France.

Cet aspect des choses, je le juge très bénéfique pour l'avenir. C'est une cure de jouvence, un ressourcement aux origines mêmes de notre histoire et de notre nation, qui, en tous les cas, servira de puissant antidote à la commémoration de la grande déchirure de 1789, de cette Révolution qui, après avoir mis le feu à la France, porta son incendie sur toute la terre et continue son œuvre. Que l'on songe aux centaines de millions de morts victimes, depuis deux siècles, des théories de l'intelligence devenue folle : les Lénine, Staline, Hitler, Mao, Pol Pot, Castro et autres ne sont que les fils des Danton, Robespierre, Saint-Just, Marat, Turreau, Carrier et les épigones de la révolution universelle.

C'est le vœu que je forme de tout cœur, non seulement pour moi, mais aussi pour la France et le monde.


ALPHONSE DE BOURBON
duc d'Anjou


Pour finir, voici un exemple de célébration populaire, dans la ville de Noyon :
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Message par Beaujeu Mar 25 Mai 2021, 20:39

Mickaelus a écrit:[justify]Je suis sincèrement navré si l'évocation de cette année a pu réveiller des souvenirs douloureux, Beaujeu...

Non, vous n'avez pas du tout à être navré ; il ne manquerait plus que je censure indirectement des sujets !
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Message par Prince de Talmont Lun 12 Juil 2021, 14:39

Il me semble pour ma part que chaque régime politique a tendance à valoriser les événements qui lui sont liés. Si nous rétablissons la monarchie, il faudra d'abord voir quelles commémorations valoriser, en se gardant d'interdire les autres, mais en misant sur leur délaissement progressif.
Cela ne sera guère difficile, les Français ont subi une telle vague de déculturation qu'il ne serait pas étonnant que les 3/4 des jeunes soient incapables de dire à quoi un 8 mai correspond.
L'autre phénomène est la valorisation de l'histoire nationale quelle qu'elle soit à des fin de récupération. La république n'a pas craint de valoriser Jeanne d'Arc ni Staline de valoriser la Russie impériale.
Le duc de Berry était lui un fervent admirateur de l'épopée napoléonienne.
Il ne s'agit pas d'escamoter le côté néfaste de l'empire mais de reconnaître que même un régime impie a pu mobiliser la bravoure des Français. Déboulonner les statues de Napoléon serait contre-productif et s'apparenterait à un geste révolutionnaire (du passé faisons table rase), en revanche pas question bien sûr d'en faire de nouvelles.
Pour ce qui est de l'enseignement de l'histoire, il faudra là être clair et montrer que la vaine gloire de l'empire n'a rien apporté à la France, au contraire, et que ses soi-disants apports (code civil, etc) sont en réalité néfastes.

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