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Léon XIII et le ralliement à la république

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Léon XIII et le ralliement à la république Empty Léon XIII et le ralliement à la république

Message par Minervalis Dim 29 Nov 2009, 20:37

lulo a écrit:La fidélité dynastique de la plupart des orléanistes du XIX°s. était très relative: dès 1848, beaucoup se sont ralliés à la République puis à Napoléon III pour avoir des places...
Après 1873, après avoir sabordé la restauration pour sauver leur pouvoir, ils ont tout misé sur la république conservatrice: le système républicain leur allait très bien, car ils pensaient pouvoir garder le Sénat pour eux, et l'Assemblée nationale. La III° République est donc, à la base, un pur produit orléaniste.
Ces revirements s'expliquent par le fait que ces gens étaient de purs libéraux: peu leur importait la forme du régime, du moment qu'ils gardaient leur influence oligarchique.
Mais comme plus on va à gauche, et plus on trouve de malins, les vrais républicains se sont engouffrés dans la brêche: ils ont calmé l'antique crainte des français, qui associait république et anarchie, en ne semontrant pas trop révolutionnaires mais bien progressistes.
Et aux élections de 1877, ils ont raflé la mise: la république conservatrice n'aura pas duré dix ans.
Les Orléans n'ont eu de soutien massif qu'à partir de l'Action française, et grâce à elle; auparavant, il semble que les orléanistes dynastiques n'étaient pas bien nombreux, et assez peu entreprenants: la période qui s'étend de 1883 (mort du comte de Chambord) à 1892 (encyclique de Léon XIII demandant aux catholiques de jouer le jeu de la République) fut difficile pour les royalistes, et après le Ralliement, ce fut une décennie d'effondrement, jusqu'à la fondation de l'Action française.

La leçon pour nous, aujourd'hui, est que l'orléanisme politique est toujours l'esclave du Système. Il y a bien des degrés dans le libéralisme, du conservatisme frileux à l'extrême-gauche; il n'empêche qu'il y a toujours la même source philosophique, comme pour le nationalisme et le socialisme: c'est l'autonomie de l'homme par rapport à l'autorité qui ne vient pas de lui. C'est cela, la Révolution (Cf Mgr Gaume).

Extrêmement intéressant, Lulo, je vous remercie... J'aimerais en savoir plus sur l'Encyclique de 1892 dont vous parlez: pourquoi Léon XIII a t'il demandé aux catholiques de "jouer le jeu de la République" ?


[Sujet extrait de celui sur [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] - Mickaelus]
Minervalis
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Léon XIII et le ralliement à la république Empty Re: Léon XIII et le ralliement à la république

Message par lulo Lun 30 Nov 2009, 20:00

Merci à vous, cher Minervalis! La question que vous posez est plus qu'intéressante, elle est essentielle, même si elle attend encore des études sérieuses! Il faudrait plusieurs tomes pour la creuser, aussi je me contenterai de quelques pistes de recherches, inspirées de mes lectures:

-1) Il faut d'abord regarder en amont toute l'histoire des compromis pratiques entre l'Eglise et la Révolution, à commencer par le Concordat de 1801, puis le ralliement du clergé à tous les régimes libéraux qu'a connu la France depuis 1830, ralliement pratique mais aussi théorique à partir de 1840, où les catholiques ont commencé à séparer le trône et l'autel. Ce "séparatisme" s'est fait aussi bien chez les libéraux (Montalembert) que chez les antilibéraux (le grand Louis Veuillot est ainsi une véritable girouette...), avec l'idée que la défense des intérêts catholiques en France devait se faire en dehors de celle de la tradition monarchique. Bien sûr, cette idée pernicieuse (15 siècles de monarchie, et surtout 10 ans de Révolution avaient largement prouvé le contraire), d'inspiration romantique et mennaisienne, sous-entend que les intérêts catholiques peuvent être parfaitement défendus sous n'importe quel régime politique...

-2) Cette idée n'est pas entièrement fausse, mais du seul point de vue de l'Eglise universelle: en effet, il n'est pas besoin d'être sujet d'un roi pour faire son salut, et donc l'Eglise, DU POINT DE VUE SPIRITUEL qui est le sien, n'a pas de préférence, du moment que la légitimité théologique (application des droits de Dieu sur la société) est assurée.
De là est venue une interprétation abusive, commune chez beaucoup de fidèles et de religieux (au XIX°s. comme aujourd'hui) qui veut que l'Eglise enseigne que tous les régimes se valent, du moment qu'ils soient chrétiens.
-C'est faux: l'enseignement de St Thomas d'Aquin dit tout le contraire: la monarchie est le meilleur des gouvernements, ce que Pie VI, à la suite de tous les papes, rappelait le 17 juin 1793 devant le Consistoire.
-Nous savons aussi que les intérêts temporels obéissent à d'autres lois que celles de la religion: c'est bien pour cela qu'existent les sciences humaines!
-Cette idée procède d'une méconnaissance totale de la LÉGITIMITÉ NATURELLE (voir les textes de VLR): la politique relève du domaine temporel, et n'est donc pas directement du domaine de compétence de l'Eglise (Cf St Thomas, quand même!). La négation de ces faits est ancienne, on en trouve la trace dans les rêveries augustinistes de théocratie, au Moyen-Age, et chez certains théologiens de l'époque moderne.
-Cette idée est très grave, car elle induit que les fidèles doivent être encadrés par le clergé dans le domaine temporel. La distinction des deux domaines est alors abolie EN PRATIQUE. Cela s'appelle du cléricalisme, et c'est une tentation à laquelle sont soumis encore beaucoup (trop) de clercs...

Voilà le contexte. Le séparatisme s'était atténué dans la décennie 1870, quand presque tous les catholiques étaient subitement devenus légitimistes. Mais l'échec de la Restauration les a détachés pour longtemps de la tradition monarchique, même si beaucoup sont restés royalistes de coeur (orléanistes après 1883) jusqu'en 1892. Il faut ajouter à cela les manoeuvres républicaines auprès du Vatican: Grévy, en 1878, laissa entendre au Pape que la situation des catholiques s'améliorerait s'ils n'étaient pas des ennemis déclarés de la République... Le piège était tendu et le Pape s'y laissa prendre, sans doute à cause de préjugés théologiques.

-3)"Je ne crois pas que Léon XIII fût un libéral, ni, encore moins, un démocrate. Non: il crut simplement susciter une bonne combinaison politique pour le bien de la religion en France; mais il est clair qu'il oubliait l'origine et la constitution irrémédiablement libérales, maçonniques et anticatholiques de la démocratie française." Mgr Lefebvre résume assez bien la situation, mais il faut aller plus loin.
-Léon XIII était imbu de ce relativisme politique qui polluait la mentalité catholique, et pire, il croyait qu'une majorité catholique suffirait à faire un pays catholique. Ce fut une erreur profonde et durable, d'abord sur le plan théorique: les leçons de l'histoire et de l'expérience (presque un siècle, quand même, en 1892) montrent que jamais la pérennité du bien commun n'est assurée en démocratie. Léon XIII aura peut-être été influencé par les commentaires modernes et déformants de St Thomas, si clair pourtant dans le De Regno.

-Mgr d'Hulst, recteur de l'Université catholique de Paris écrivit alors que le Pape avait "poussé l'obéissance à un point tel qu'aucun siècle chrétien ne l'avait connu." Ce n'est que trop vrai: le Pape s'est appuyé sur l'obéissance des fidèles pour les contraindre dans un domaine où il n'a qu'une compétence limitée (en politique, l'Eglise doit simplement rappeler la doctrine catholique, point).
Il faut aussi insister sur la fausse notion d'infaillibilité commune à de nombreux catholiques, et qui veut que, de fait, les clercs, le Pape en tête, ne se trompent jamais, en rien... Malgré la crise de l'Eglise (qui a eu au moins le bon effet de prouver les limites réelles de l'infaillibilité pontificale, définies en 1870), c'est un tour d'esprit encore très (trop) répandu!

-L'encyclique n'a donc aucune valeur: elle contredit la science politique, et prétend appliquer un principe en France que le Pape refuse en même temps pour l'Italie (interdiction était alors faite aux catholiques italiens de participer à la vie politique nationale-à lire dans le Manifeste): cette contradiction montre à elle seule toute la relativité de ce texte, qui, comme par hasard, n'est pas revêtu de l'infaillibilité.
Pour autant, Léon XIII a laissé de très bonnes encycliques doctrinales, même sur le plan politique (lire, sur le site du Vatican, Diuturnum): de ce point de vue, il a quand même su remplir son rôle, à savoir rappeler la doctrine catholique.

-Le résultat fut ce que nous connaissons: le ralliement se fit parmi les fidèles comme dans le clergé (les fameux abbés-démocrates), il fut catastrophique du point de vue politique (13 ans après, la Séparation...) et religieux: le libéralisme catholique y trouva un nouveau souffle, et contribua indirectement à faire éclater la crise moderniste et le Sillon. Le pontificat de St Pie X (1903-1914) amena un répit, mais le ralliement repartit de plus belle après 1918, surtout sous Pie XI dont l'Action catholique en fit un des fondements de son oeuvre... Etonnez-vous, après que tout cela ait mûri pendant 70 ans, et soit bien entré dans les moeurs catholiques, qu'il y ait eu la crise conciliaire!

Voilà, brossé à grands traits, le tableau du Ralliement. Il faudrait y ajouter une multitude de faits, d'exemples, de citations, pour préciser et nuancer ce tableau, mais je crois qu'il est assez précis quand même.

En attendant, vous pouvez lire "Démocratie cléricale" d'Adrien Loubier, pas toujours bien méthodique, mais qui donne quelques indications précieuses sur un sujet qui reste méconnu et qui est pourtant une clé de compréhension, à plus d'un titre, de l'hégémonie révolutionnaire dans le monde actuel, et de la crise contemporaine de l'Eglise.

lulo
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